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Clémence Beck : le rôle du maître Extrait du mémoire professionnel ( CFP de Montpellier, juin 2002, p. 33 à 36) Analyse critique et réflexions sur l’interaction entre le développement de mon identité professionnelle et un nouveau profil de métier d’élève . A présent, voici quelques éléments de réflexion concernant l’interaction entre le développement de mon identité professionnelle et un nouveau profil de métier d’élève. Dans un souci de clarté, ce lien, cette interaction entre enseignant et élèves sera encadrée en partie grisée :
a) La question de l’autorité : Il s’agit d’être au clair avec la question de l’autorité dans les rapports maître/élèves, et d’éviter toutes dérives démagogiques : l’autorité du maître est nécessaire à la mise en place de conditions propices au développement de l’enfant. La règle, instaurée dans le débat, dans la classe et au sein de l’école, est garante des dérives de l’élève…mais aussi de celles du maître : « la règle (…) empêche l’abus de pouvoir (…). Entre le maître trop autoritaire ou charismatique, la horde ou la fusion , un mode démocratique de socialisation scolaire se cherche, qui n’est ni dans l’identification au chef ( …), ni dans la complaisance narcissique de l’élève- roi. »19
b) La question de la représentation des métiers d’élèves et d’enseignant :
c) Un « effet Pygmalion » réciproque : Parier sur l’éducabilité cognitive des enfants en les mettant en situation de chercheur, c’est aussi se mettre en situation d’être étonné des résultats obtenus et de la pertinence de certaines interventions d’élèves. Cela confirme l’idée que l’on peut confronter les enfants à des situations complexes. Ainsi, l’enfant ressent la bienveillance du maître à son égard mais aussi le regard ambitieux qu’il pose sur ses facultés d’apprenant… Conscient des enjeux importants de ce qui lui est proposé, l’enfant s’investira davantage dans la construction des apprentissages.
d) Un « compagnonnage intellectuel » : Il s’agit de mettre chaque élève en situation de construire lui-même ses propres savoirs. « Cette autonomie méthodologique lui permettra de s’approprier les outils conceptuels grâce auxquels il comprendra le monde, ainsi que les moyens de s’exprimer. Et le fait de l’avoir acquise dans un compagnonnage intellectuel avec l’enseignant, au sein d’une interaction où chacun reconnaît à la fois sa radicale identité avec autrui et l’extrême fécondité de sa différence esquissera une éthique de la communication (…) » 20.
e) La co-construction de la loi, l’expérience de la démocratie et du pouvoir partagé : Comme nous l’avons vu tout au long de ce mémoire, la répartition démocratique des rôles dans un débat est non seulement possible, mais souhaitable, parce qu’elle développe des processus de pensée (synthétiser, reformuler, mémoriser…et aussi conceptualiser, problématiser, abstraire, faire des inférences …), mais elle développe enfin le sens de la responsabilité et de l’autonomie .
CONCLUSION Cette recherche a été véritablement passionnante et elle m’a confortée dans la représentation que j’avais de la profession avant même de commencer à enseigner. L’école a du sens parce qu’elle porte en elle un idéal de formation de la personne dans toutes ses dimensions. L’école doit permettre à chaque élève de développer une pensée personnelle par l’éveil de l’esprit critique, par le rapport non dogmatique au savoir, par la capacité à abstraire et la faculté à émettre un jugement autonome ; elle donne les moyens à chacun de faire l’expérience que la pensée de l’autre permet à la sienne de s’enrichir. C’est l’interaction avec les autres qui permet la co-construction du savoir. Enfin, il est possible de cultiver à l’école le sens de la responsabilité, l’autonomie, le respect de la parole de l’autre, le partage de la parole et du pouvoir et la co-construction de la loi ; tout cela favorisant l’apprentissage de la citoyenneté. Ce travail m’a surtout permis de répondre de façon positive à mon hypothèse de départ : il existe bien un lien entre le développement d’un nouveau style de métier d’élève et la construction de mon identité professionnelle, ceci au niveau du rapport au savoir et au niveau du rapport au pouvoir. Les expériences mises en place, cette année, ont renforcé l’idée que ce qui doit être développé, c’est une culture de la question ; dans ma pratique de classe, je souhaite susciter le désir de la question et le plaisir de la collaboration dans la recherche, avec pour justification que « toute pensée se heurte et s’enrichit de la différence ». Je voudrais développer un « effet Pygmalion » réciproque : non seulement les pensées des élèves, en interactions, s’enrichissent, mais elles permettent aussi, à la mienne d’évoluer, et réciproquement. C’est l’idée d’un « compagnonnage intellectuel » ( Meirieu) qui m’anime : faciliter le développement d’un goût pour la question qui s’influence mutuellement, celui du maître, celui de l’élève. La pratique du débat philosophique est un formidable outil pour repenser la nature des rapports maître / élèves. Faire l’expérience du partage de la parole et du pouvoir remet en question le rôle de l’enseignant et il n’est pas inutile de dire que j’ai été confrontée à mes propres difficultés à être vraiment démocratique… malgré une bonne volonté certaine ! Une identité professionnelle d’enseignant qui favorise à la fois un rapport non-dogmatique au savoir et un rapport compris et partagé à la loi, se construit peu à peu ; la philosophie avec les enfants est un outil très efficace pour tendre vers cela, vers une école riche de sens, telle que nous la souhaitons, pour nos élèves et nous- mêmes. Le « philosopher », avec mes futurs élèves, sera un des moyens pour mettre en adéquation mes opinions, mon idéal d’enseignement… et ma pratique de classe ! |