Le
rôle du maître dans la discussion à visée philosophique
Par
Véronique Haas-Reboul
Ce qui pourrait être le socle commun
:
Savoir pourquoi on décide de mettre
en place des DP. La question du “pour quoi ?” touche aux thèmes des
valeurs et du sens.
Le maître a des valeurs humanistes
et éthiques. Il croit en lui et en l’autre, en l’intelligence, en l’analyse
réflexive, en l’enrichissement mutuel des uns grâce aux autres.
Il décide de mettre en place un
dispositif formateur qui suscite les échanges de pensées. Mais Il sait
qu’aucun formateur n’apprend à la place du formé. C’est bien le formé
qui apprend ou pas, avec l’aide plus ou moins “aidante” de ses pairs
et du formateur. Dans cette perspective, le formé n’est plus objet de
formation, mais sujet de sa propre formation. Il est le “se formant”,
comme le désignent les Québécois.
Le maître travaille avec ses élèves
sur un savoir faire (être capable de problématiser, conceptualiser,
argumenter, analyser sa pratique) et un savoir être ( être capable de
respecter des règles, la parole des autres, le principe démocratique,
la liberté de pensée, l’autoformation)
Savoir comment mettre en place
des DP touche au thème des pratiques.
Le maître pratique l’analyse réflexive
de sa pratique professionnelle en vue de la rendre plus pertinente et
cohérente par apport à ses objectifs, eux-mêmes en lien avec ses propres
valeurs.
Il déclenche et réveille les potentialités
des élèves à partir de questions pertinentes d’ordre philosophique qui
incitent les élèves à penser.
Les questions qui entraînent la
réflexion ont plus d’importance que la réponse.
Il a la capacité d’accueillir,
de solliciter, de prendre en compte la parole de chacun.
Il est garant du bon fonctionnement
des DP. Il fait donc preuve d’autorité sur l’organisation, la forme,
mais non sur le fond du débat.
Il se base sur une communauté de
recherche et sur un dispositif qui lui permet de responsabiliser les
élèves en occupant éventuellement différentes fonctions. (président
de séance, reformulateur, secrétaire synthétiseur, observateur, discutants,
contradicteur …)
Personne ne dit travailler dans
d’autres circonstances que celles des DP les différentes fonctions citées
ci-dessus.
Personne n’aborde le problème de
l’évaluation. Faut-il évaluer ? si oui, quoi, qui ,comment et quand
?, si non , pourquoi ?
Les différences que j’ai notées
après la lecture des différents témoignages
Sur les pratiques :
Si la communauté de recherche est
utilisée par tous, en revanche l’attribution de rôles spécifiques par
les élèves n’est pas systématique.
Il existe des implications différentes
de la part des maîtres lors des DP. Certains vont donner leur point
de vue et donner des repères aussi bien sur le fond que sur la forme.
Ils se positionnent en personne référente avec un souci d’éducation
et de formation.
D’autres sont plus en retrait,
délèguent les responsabilités, donc permettent aux élèves de les vivre
et préfèrent se contenter de mettre en place un dispositif qui va provoquer
les échanges entre pairs.
Cette différence entraîne des clivages de fond.
Les priorités des maîtres semblent
différentes. Que visent-ils en priorité ?
Un savoir faire ( maîtrise du langage,
conceptualisation, argumentation, problématisation, l’observation, l’analyse
réflexive) ou un savoir être (être capable de respecter des règles,
l’autre, mais aussi se poser des questions, réfléchir ensemble sur le
fonctionnement du monde et des hommes, dialoguer intérieurement, penser
par soi-même).
Certains estiment qu’il faut un
bagage minimum de philosophie avant de pouvoir se lancer dans les DP.
D’autres pensent que ce n’est pas nécessaire mais qu’il faut surtout
une envie de pratiquer des DP. Ce désir étant lié aux valeurs que le
maître donne à un nouveau métier d’enseignant ( voir ci-dessus pourquoi
on pratique des DP)