Le rôle
du maître
par Juliette
Alonso
Le protocole (Pautard-Levine)
ne concerne que la maternelle et le primaire.
Si je peux le résumer ainsi, il consiste à laisser le groupe d'enfants
constituer une "communauté de recherche" autour d'une question
choisie par le maître ou proposée par un élève; pendant la première
séance, qui dure dix minutes, la parole est distribuée par l'oeil de
la caméra, en suivant un tour de table, ; puis la semaine suivante,
on regarde ce qui a été dit ( bon, on écoute et on regarde quoi!), on
commente la forme et puis ensuite le fond, et on essaye d'aller plus
loin; en ce qui me concerne, j'ai du mal à ne pas mettre mon grain de
sel à la fin!!!
si vous avez la patience, vous pouvez lire le texte ci dessous, que
j'ai écrit tout récemment pour décrire mon expérience dans un journal
de l'académie de Toulouse consacré à la Maitrise de la Langue en primaire
( il est sorti il y a trois jours!):
Pratique des ateliers-philo en cycle 3
Venue à l'éducation par la pratique des réseaux d'échanges de savoirs,
et intéressée depuis toujours par la recherche sur la communication
dans la classe, j'ai choisi de mettre en place des ateliers de philosophie
dans ma classe de cycle 3 en avril 2001, en me fiant au protocole proposé
dans le cadre d'une recherche dans l'académie de Lyon. En effet, le
site Marelle (http://www.marelle.org/users/philo/), qui est un lieu
d'échanges sur les petites structures et la communication à l'école,
proposait des explications claires sur la mise en place de ces ateliers,
la possibilité de s'inscrire sur une liste de diffusion, et donc la
perspective de n'être pas isolé. De fait, grâce à la liste philo, j'ai
pu échanger des cassettes avec les Lyonnais qui travaillent en équipe,
savoir si mon travail convenait, discuter des sujets qui sont proposés
par les élèves, et mesurer les répercussions de ces ateliers dans la
pratique quotidienne de la classe.
Il s'agit d'une séance hebdomadaire de 20 minutes. La question est écrite
au tableau dès leur arrivée le jeudi matin. Après la première récréation,
un moment de réflexion individuelle est réservé (5 min), pendant lequel
ils ont le droit d'écrire au brouillon. Ensuite, je branche la caméra,
et les enfants répondent à la question du jour sans que jamais je n'aie
le droit d'intervenir. C'est le viseur de la caméra qui donne la parole
; l'enregistrement de leur débat dure 10 minutes. La semaine suivante,
nous commençons par visualiser la séance précédente, puis ils se critiquent
et vont un peu plus loin dans leur réflexion. Une question est donc
traitée en deux semaines. Comme eux, qui ont eu besoin d'un moment d'adaptation
à la caméra et à leur image filmée, j'ai dû m'adapter à la rigueur du
protocole qui impose le silence total de l'enseignant, le moindre "
Hum hum ! " approbatif étant considéré comme une participationdemapart.
!
Pour le choix des questions, je les choisis sur une liste de propositions
( Qu'est-ce qu'une grande personne ? Qu'est-ce qui est vraiment important
? Pourquoi se fâche t-on ? Pourquoi est-on heureux ou malheureux ? Peut-on
ressentir la souffrance des autres ? Pourquoi je suis né ?) mais les
élèves font aussi des propositions valables : Qu'est ce qu'un enfant
? Est-ce que c'est dur d'avoir un petit frère ou une petit sour ? Pourquoi
éprouve-t-on le besoin de jouer ? La prochaine, qui a aussi été proposée
par un de mes élèves, est : " Peut-on ne pas se poser de questions
? " L'humour n'est jamais absent des débats, ni la convivialité
!
Ces ateliers me semblaient être le pendant exact de la réunion du vendredi,
qui réunissait déjà la classe autour de ses problèmes et de ses réussites.
Avec cette tentative de décentrage des échanges autour d'une question
volontairement générale, je souhaitais développer chez mes élèves à
la fois le goût et les capacités de l'échange oral, de l'argumentation,
maintenir en éveil leur curiosité innée, les aider à se construire une
réflexion consciente, et pourquoi pas un comportement réfléchi...
Pour ce qui est des capacités oratoires, le but est bien atteint par
ces ateliers qui les obligent à approfondir et détailler leur expression,
et les habituent à la manipulation des formules consacrées du débat
public ; par contre, leur attitude en classe me prouve que ces ateliers
ne doivent pas être considérés comme une éducation civique, dans la
mesure où ils n'accèdent pas à une qualité de réflexion personnelle
sur leurs attitudes par la simple magie d'une discussion philosophique
hebdomadaire. Je crois qu'on ne peut pas " instrumentaliser "
ces ateliers pour la conduite de la classe, ils doivent garder leur
complet détachement de la réalité de la classe, notamment lors du choix
des questions par le maître.
Plus que sur des capacités évaluables et quantifiables, les ateliers
philosophie travaillent sur la qualité, celle des débats ( les hors
sujets sont de plus en plus rares !), celle des questions qui émergent,
et enfin celle des rapports humains, enrichis par l'émouvante constatation
qu'il est bon et productif de réfléchir ensemble sur une question.
D'ailleurs, après 3 mois d'arrêt pour cause de télévision en panne entre
autres, les ateliers ont été réclamés. lors de la réunion du vendredi
! "