FORMATION CAPSAIS CRETEIL 2000 / 2001

par J-C. Pettier IUFM Créteil

I/ Perspectives globales du travail.

Ce projet de formation s'appuie sur les données suivantes :

-favoriser chez les stagiaires des options E et F la pratique ultérieure d'activités à visée réflexive, concernant les questions du rapport au monde, à la société, à eux-mêmes et aux autres, dans la lignée des perspectives ouvertes par l'éducation civique aussi bien à l'école primaire qu'au collège ;

-la situer dans le cadre réflexif déductible des perspectives ouvertes par le travail d'analyse :La philosophie en éducation adaptée : utopie ou nécessité ? ;

-penser une formation globale, au sens où les deux années se penseraient dans la continuité (ce qui n'a pas été fait l'année précédente, qui constituait plutôt une année d'essai), la référence essentielle de ce type de formation, de mon point de vue, étant constituée par le texte (repris dans un article à paraître dans Diotime l'Agora (voir ci dessous) ;

-articuler ces objectifs aux conditions de la formation, qui pour la première fois cette année permet de penser une réelle alternance entre formation et application sur le terrain, pour tous les stagiaires ;

-utiliser ces possibilités institutionnelles pour développer les appuis théoriques de formations ultérieures, par exemple en engageant les stagiaires dans des pratiques communes (une séance à réaliser, avec compte-rendu à effectuer individuellement, puis collectivement) , qui pourront faire l'objet d'analyses publiées ultérieurement par l'Académie de Créteil ;

-faire par là de la formation CAPSAIS de l'Académie de Créteil un pôle de référence pour ce type d'activité, dans le prolongement de deux articles à paraître :

                        -« Former des enseignants à la discussion philosophique » , à paraître dans un ouvrage édité par le CNDP Hachette éducation (ss la dir de M. Tozzi) ;

                        -« Une formation philosophique pour les enseignants de l'éducation adaptée », à paraître dans Diotime l'Agora n°7(revue internationale de didactique de la philosophie) ;

-faire de cette formation initiale un jalon dans une perspective plus vaste, celle de formations aux activités réflexives en général, dont deux autres jalons seraient constitués par :

-une formation continue de haut niveau envisageable pour l'année universitaire 2001 / 2002 (projet joint), articulant diverses formations « réflexives » (scientifiques, philosophiques, mathématiques, menées par des spécialistes, éventuellement étrangers même ;

-la constitution d'un matériel de formation (voir projet ci-joint) : l'analyse d'une discussion sur l'art, effectuée par des spécialistes de diverses disciplines, universitaires et praticiens, édité par l'Académie de Créteil (ou peut-être coédité avec le CNDP), à laquelle les stagiiares pourraient participer cette année.

II/ Articulation de ces données : formation.

II.1/Concernant les stagiaires qui débutent leur formation

Il faut considérer les moments de formation proposés selon deux perspectives indépendantes, mais complémentaires (l'intervention dans des lieux de stage différents ne permettant un déroulement identique dans chaque centre) :

-une formation tournée vers la pratique de la discussion philosophique, qui se développerait durant les enseignements « échange et communication avec l'enfant et l'adolescent »(3 heures), puis « les droits de l'enfant » (3 heures).

Il s'agira durant les trois premières heures de sensibiliser les stagiaires aux perspectives philosophiques (la légitimité d'une éducation philosophique pour tous à l'école), politiques (la référence politique aux droits de l'homme et aux droits de l'enfant), institutionnelles (les perspectives de l'éducation civique dans l'Ecole) et pédagogiques ouvertes  par la pratique de la discussion avec des enfants et adolescents, à partir de l'émergence de leurs représentations à ce sujet, d'abord, puis leur reprise critique rapide.

Une telle discussion sera ensuite mise en oeuvre, à travers l' exemple d'un dilemme moral, « Le cas de Heinz », qui sera l'objet d'une discussion en classe. On demandera aux stagiaires de noter, au fur et à mesure de la discussion,  les éléments pédagogiques et philosophiques qui leur semblent dignes d'être soulignés dans cet échange. Ils feront l'objet d'une reprise critique, permettant de préciser d'un point de vue pédagogique les règles d'une discussion à l'école ; d'un point de vue psychologique les références (Piaget et Kohlberg) d'un tel travail et la nature de l'intervention possible de l'enseignant (Vygotski) ; d'un point de vue philosophique les notions (légitimité/légalité, justice égalitaire/justice proportionnelle, morale/éthique, etc) mises en oeuvre .

Ce dilemme sera ensuite proposé comme support de mise en oeuvre, dans les différentes classes où les stagiaires interviennent. Il leur sera demandé de fournir une analyse de ce travail, à partir d'un questionnaire envisageant ses différents aspects.

Les trois heures suivantes se dérouleront après la mise en oeuvre. Elles en seront la reprise analysée : à partir des expériences et des comptes-rendus, les stagiaires élaboreront, par groupe, une synthèse des éléments essentiels qui leur apparaissent, dans chacune des perspectives de ce travail, ainsi que les questions qu'ils se posent.

Un travail d'échange dans la classe aura alors lieu, permettant d'ouvrir le débat, de préciser ou repréciser les conditions du travail, de fournir d'autres éléments pratiques de mise en oeuvre (autres dilemmes, présentation des dilemmes par film vidéo).

Un apport théorique sera effectué, permettant de préciser les dimensions de l'intervention des enseignants et surtout comment il peut s'inscrire dedans (les attitudes de base : centration sur l'élève, interventions facilitant l'expression et le travail du « philosopher, etc), plutôt que l'ensemble des connaissances à posséder, trop vastes pour espérer tout mettre en oeuvre dès le départ ;

-une formation davantage tournée vers l'information théorique concernant les supports déjà existants.

On ne peut prétendre en quelques heures former les stagiaires à l'ensemble des modes de mise en oeuvre des travaux réflexifs possibles  en classe. On peut par contre leur en donner un aperçu leur fournissant quelques repères théoriques, quelques éléments pratiques permettant le choix d'une pratique pédagogique éclairée ultérieurement., base d'un travail de recherche plus personnel. Ces repères seraient fournis durant l'enseignement « Education à la citoyenneté » (6 heures).

Ces quelques repères seront ici :

-la description du programme de philosophie pour enfants, de M.Lipman. Ce programme présente l'avantage d'articuler à des questions théoriques directement liées à l'exercice de la citoyenneté  dans une démocratie et à l'éducation, des questions pratiques de mise en oeuvre dans une classe, en fonction de l'âge des élèves, de leurs intérêts et de leurs possibilités conceptuelles.

Le travail se développera à partir de la réflexion générée par la retranscription d'une séance de discussion en classe (ici, une classe de CE1) que les stagiaires devront analyser à partir de leur propre expérience et de leurs représentation de ce qu'est la discussion philosophique. Cela servira de point de départ , lors d'une reprise théorique, à la description d'éléments théoriques directement articulés aux cas des élèves en difficulté (les travaux spécifiques à destination de ces élèves faisant l'objet du travail effectué dans la deuxième année de formation (intitulés : « Education à la citoyenneté »(stagiaires F) ou « La philosophie pour enfants » (stagiaires E)) . Les références éditoriales de ces travaux seront également fournies, ainsi que les sites web correspondant ;

-la description du travail de J. Lévine (le « moment » philosophie), avec les repères théoriques psychanalytiques.

On en profitera pour mettre en évidence les points de convergence et les différences entre ces différents travaux (travail de la pensée et travail de l'entendement, rapport collectif et individu, etc).

II.2/ Concernant les stagiaires qui poursuivent la formation pour la seconde année.

La sensibilisation de ces stagiaires a été différente selon les centres de formation, l'année précédente.

Il s'agit cette année de proposer des perspectives identiques (d'articuler théorie et pratique), de façon à formaliser pour les années suivantes les modalités d'une formation réelle sur deux ans.

La première année ayant consisté plutôt en une sensibilisation, on tentera là de préciser les éléments concernant spécifiquement la relation aux élèves en difficulté, à partir des analyses effectuées dans le cadre de la thèse : La philosophie en éducation adaptée : utopie ou nécessité ?, et de ses prolongements.

La formation à la pratique s'effectuera cette année par l'étude d'une discussion filmée, qu'il s'agira d'analyser. On prendra comme support le film réalisé dans la classe de Mr Dureault (SEGPA, Provins). Ce film constitue le support d'analyses demandées à des spécialistes.

On demandera à chaque stagiaire individuellement, puis par petits groupes d'établir une fiche d'observation des éléments qu'il juge déterminants dans le cadre d'une discussion « philosophique » avec des élèves. Au regard de ces éléments, chacun devra durant le film noté un passage qui lui paraît crucial, en ce qu'il éclairerait un aspect particulier du travail.

Après passage du film, chaque stagiaire exposera dans son groupe l'élément qu'il retient. En commun, ils décideront de présenter l'un de ces passages à la classe, celle-ci pouvant commenter, après présentation pendant dix minutes, le choix effectué.

Si un temps suffisant le permet, on en profitera pour demander aux stagiaires de proposer, comme on le voit à l'oeuvre dans la cassette, un support de discussion sur l'art.

Des séquences leur seront ensuite proposées, dont on mettra en évidence les intérêts pédagogiques et philosophiques (ces séquences sont reproduite dans la partie III du travail de thèse déjà mentionné).

La formation théorique (3 heures) s'effectuera par la reprise critique de ces différentes réflexions, en développant les aspects essentiels qu'elles révèlent :

-les problèmes théoriques concernant le droit à la philosophie ;

-l'organisation politique qui en découle et les questions de citoyenneté ;

-les problèmes didactiques théoriques concernant son application à l'école, les cinq critères (philosophicité, universalité, normativité, altérité, organisation) ; les objectifs noyaux du philosopher (conceptualiser, problématiser, argumenter) ; la notion de discussion philosophique ;

-les problèmes didactiques pratiques que cela génère (utilisation du tableau, organisation du travail sous forme de tableaux, apport philosophique possible, règles de la discussion, problèmes liés au « doute ».

A l'issue de cette « formation », les stagiaires devraient donc posséder les rudiments philosophiques et didactiques sur lesquels s'appuient de telles pratiques, des éléments de pratiques (supports possibles, capacité de « lecture » d'une discussion), un début de pratique analysée.

Mais ces éléments devront s'enrichir par la formation continue, du type de celle proposée dans le projet joint.

 

 

Date de création : 21 janvier 2001
Date de révision : 21 janvier 2001